lundi 4 juin 2012

Cri primal

Celui que je voudrais que vous poussiez, Papa, enfermé que vous êtes dans la gangue de la maladie qui vous étreint, vous comprime jusqu'où ? J'ai peur de la disparition, de l'évanouissement et du vide blanc qui restera, oppressant comme le blanc du ciel et de l'océan à la fin d'Arthur Gordon Pym.
Aurais-je pu faire mieux avec vous, devrais-je mieux lutter pour vous ? Je suis faible et abattu, démuni, vain. Je ne sais que dire, que faire, que penser, qu'espérer. J'ai pensé à mille moments de notre vie commune. Ainsi, lorsque nous jouions au ballon le soir dans la pénombre du parc de Chalin, j'étais un petit garçon, fier de jouer avec mon papa, heureux de la liberté procurée par la fraicheur vespérale et le souffle des arbres tout proches du terrain de fortune. Je savais que vous étiez heureux, que cela vous faisait du bien après la journée de travail, ce temps d'insouciance et d'effort physique pour respirer et évacuer de votre esprit les sujets d'inquiétude. Nous étions donc simplement heureux. Je n'oublierai jamais cela.

J'ai aussi pensé à la Lorelei : "Ich weiss nicht was soll es bedeuten dass ich so traurig bin..."

mercredi 1 février 2012

Un rêve

Papa et moi sommes à l'entrée de Pré-Lambert. Nous parlons. Curieusement le chemin a été entièrement goudronné et surtout dévié si bien qu'il passe devant la maison en formant un arc de cercle à une quinzaine de mètres de l'entrée. Une voiture passe sans s'arrêter. Il s'agit de Caro avec sa famille. Ils nous toisent et filent. Papa et moi nous regardons gênés.
Papa me parle. Il me dit qu'il regrette de me voir gâcher mon existence. J'aurais pu être brillant. Il avait fondé les plus grands espoirs en moi mais ma paresse les a mis à bas. J'aurais pu mener une existence brillante à l'étranger comme mon frère, au lieu de cela me voilà dans une métier sans intérêt, incapable d'évoluer, pris dans une monotone existence sans saveur. Il est déçu.
Je tente de me rebiffer. J'argumente sur le fait que mon frère aussi a eu une période à vide, que je peux rebondir, que je saurai repartir mais je perçois aisément en son regard et l'attitude de son corps qu'il ne m'écoute plus, que je ne le convaincrai pas. Je suis désolé, effondré.
Le radio-réveil se déclenche dans un brouhaha salvateur.

vendredi 13 janvier 2012

Melancholia


Le jour le plus triste de ma vie, celui où ma maman est morte. La perte, le vide. Je me souviendrai toujours du froid, dehors et dans la chambre quand j'ai ouvert la fenêtre parce que je suffoquais, le vent glacé est entré, je n'ai pas voulu croire que c'était ce vent, mais je le savais, je le sentais. La tempête au loin avait couvert le ciel d'une blancheur lactée, non, d'un linceul. J'étais avec vous Maman et je sentais que vous m'abandonniez. Qu'allais-je devenir sans vous ? "Mon petit garçon", les derniers mots que vous avez prononcés pour moi. J'ai voulu vous garder alors j'ai mordu votre avant-bras encore chaud. Maman, maman que suis-je devenu sans vous ? Il me semble avoir erré longtemps. Je n'ai plus eu de repères, je n'ai plus eu confiance en moi depuis ce jour où vous êtes partie. Ce froid intense quand j'ai ouvert la fenêtre, qui m'a pénétré. J'ai frissonné, je me souviens de ce frisson qui a parcouru mon échine. Je me suis senti subitement happé par le gouffre que cette fenêtre béante avait ouvert devant moi. J'ai vacillé. Moi debout, assis, vous étendue, les yeux fermés, si frêle, si faible, si calme, juste cette respiration qui était un combat de chaque instant, une victoire sans cesse répétée jusqu'à la reddition. Pourquoi ? Pourquoi vous ? Non, pas vous, pas ma maman. PAS MA MAMAN !

samedi 7 janvier 2012

Vision

En rentrant chez moi un soir cette semaine, j'ai emprunté l'ascenseur. Dans le miroir je me suis regardé le temps de la montée. Il m'a alors semblé voir le visage de ma maman au travers du mien. Je n'avais jamais vu la ressemblance avec ma maman et elle m'est apparu ainsi subrepticement.
J'y ai beaucoup pensé les jours suivants.