lundi 4 juin 2012

Cri primal

Celui que je voudrais que vous poussiez, Papa, enfermé que vous êtes dans la gangue de la maladie qui vous étreint, vous comprime jusqu'où ? J'ai peur de la disparition, de l'évanouissement et du vide blanc qui restera, oppressant comme le blanc du ciel et de l'océan à la fin d'Arthur Gordon Pym.
Aurais-je pu faire mieux avec vous, devrais-je mieux lutter pour vous ? Je suis faible et abattu, démuni, vain. Je ne sais que dire, que faire, que penser, qu'espérer. J'ai pensé à mille moments de notre vie commune. Ainsi, lorsque nous jouions au ballon le soir dans la pénombre du parc de Chalin, j'étais un petit garçon, fier de jouer avec mon papa, heureux de la liberté procurée par la fraicheur vespérale et le souffle des arbres tout proches du terrain de fortune. Je savais que vous étiez heureux, que cela vous faisait du bien après la journée de travail, ce temps d'insouciance et d'effort physique pour respirer et évacuer de votre esprit les sujets d'inquiétude. Nous étions donc simplement heureux. Je n'oublierai jamais cela.

J'ai aussi pensé à la Lorelei : "Ich weiss nicht was soll es bedeuten dass ich so traurig bin..."