J'ai joué ma première scène de théâtre dans une sorte d'euphorie synchrone avec mon premier trac de scène. J'en aurai d'autres, je le souhaite, le désire. Je prends conscience, à 38 ans il serait temps, du pouvoir de ma voix, sous exploitée hélas jusqu'alors et dans la vie que je me suis donnée. Pouvoir de séduction peut être mais ce n'est pas là l'important, non. Pouvoir d'incarner mon être, pouvoir de le faire exister tant à mes yeux qu'à ceux des autres. Le plus important, le premier surement. J'aime que ma voix sorte avec force, s'extrait, s'expulse, s'évacue de moi. J'aime sa projection à l'autre bout de la pièce. Ce soir j'ai dit, récité les mots d "Un dur, un vrai, un tatoué" avec l'aplomb d'un géant, d'un titan, d'une statue monumentale, du commandeur ordonnant à Don Juan de se propulser dans le gouffre. Quelle liberté ! Quelle libération ! Quelle exultation !
Je devrais chanter ? Je devrais déclamer ? Je devrais donner ma voix à d'autres ? Que sais-je ? Je deviens libre et c'est si grisant qu'il me semble que je flotte dans les airs, les nuées.
Ah que n'ai-je vécu cela plus jeune, plus tôt, plus vite !
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