mardi 25 mars 2008

Ce qui advint rue des taillandiers un soir d'été...


..ne serait pas pour te déplaire toi, la femme déçue, la femme déchue, la femme outragée, la femme brisée, la femme martyrisée mais la femme libérée qui peut-être me lis.

Mais venons en au fait d'autant qu'il ne manque pas de ...mordant. Tu saisiras sous peu chère lectrice, l'à propos de ce dernier substantif.

Un soir d'été disais-je, alors que la lune déversait sa lumière blanchâtre et crémeuse sur les ruelles mal fâmées du quartier noctambule de la Bastille, un couple sortit titubant bras dessus mains dessous d'un de ces estaminets peu recommandables aux âmes bien nées et aux jeunes qui se promettent quelque avenir dans l'audiovisuel public ou à la Chambre.

S'éloignant des disques de lumière formés par les réverbères couverts de l'urine jetée là par des canidés mal élevés, nos deux tourtereaux freinèrent leur course vers les prairies oniriques du désir pour procéder à ce qu'il est de bon ton, et dans un souci de clarté de propos convenu, de désigner par un gros roulage de patin.

Que nenni ! Tu fais fausse route, chère lectrice, ce n'est pas à cette pratique romantique que vont s'adonner nos amants diaboliques. Las, tu le sais toi même mieux que quiconque, le mâle par ces temps de vulgarité et d'indigence portées haut parmi les valeurs de la République, le mâle dis-je n'a guère le goût des choses tendres et des passions dévouées. Non, de nos jours l'homme veut des sensations fortes et entend le faire comprendre sans détour.
C'est ce qui advint dans l'affaire qui nous occupe. Il faut hélas que ce soit dit malgré l'horreur que je peux lire maintenant sur ton visage car je le sais d'ores et déjà tu as compris vers quelle odieuse issue mon récit nous mène inexorablement.
Donc, l'homme força sa belle à se baisser jusqu'à ce que sa bouche soit précisément à la hauteur de cet attribut de couture qui porte le nom regrettablement ridicule de "braguette". D'un geste rapide, il tira sur la glissière et brandit, ô répugnant geste, son goupillon. Forçant les lèvres closes de dégoût, il fit pénétrer avec la pire des violences ce repoussant appendice dans la bouche si innocente de sa mie.

Mais voilà, l'issue n'est pas celle-là, chère lectrice, puisque d'un seul mouvement d'un seul de ses mâchoires vengeresses, notre valeureuse walkyrie, mordit ce qu'elle sentit sous ses dents avec une telle force qu'elle parvint à séparer de cette chose un conséquent morceau de chair.

In cauda venenum.

Notre victime ne fut donc pas celle qu'on crut. Et le sieur amputé d'un bout de soi qui l'enorgueillissait encore il y a à peine quelques minutes, poussa un de ces hurlements dont seules les bêtes féroces blessées à mort au fond des forêts transylvaniennes avaient l'apanage.

Ce fait divers, chère lectrice, constitue le prétexte à ce délicieux ouvrage de pastiches fort brillants que je ne peux que te recommander d'acquérir afin de prendre plaisir à sa lecture et, pourquoi pas, de secrètement par la pensée (uniquement !) t'assimiler à l'héroïne involontaire qui en a fourni l'idée.

C'était une "critique" de "Le degré suprême de la tendresse" par Héléna Marienské aux éditions Hélène d'Ormesson

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